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Dossier : enseignement de la littérature, préparé par Ariane Lacoursière
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Trois articles ont été publiés au sujet de l'enseignement de la littérature.
Le premier donne le point de vue des didacticiens sur l'enseignement de la littérature : Lectures scolaires: Kafka ou Twilight? Le second traite de la difficulté pour les enseignants de choisir des livres qui plaisent aux élèves, répondent à leur niveau de lecture et sont à la fois réputés être de la littérature : Difficile pour les enseignants de choisir des livres. Le troisième, Les enseignants mal préparés, s'intéresse au manque de préparation des enseignants.
Lectures scolaires: Kafka ou Twilight?
«Au Québec, un élève peut entrer à l'université sans jamais avoir lu
une oeuvre de Michel Tremblay.» Ce constat, dressé par la professeure
de didactique à l'UQAM Marie-Christine Beaudry, est partagé par
plusieurs enseignants de français. Car au Québec, il n'y a pas de lectures obligatoires ni d'auteur incontournable au secondaire et au cégep. « Le ministère de l'Éducation fait des suggestions de lectures sur son site internet. Et les enseignants décident de ce qu'ils veulent faire lire », affirme le porte-parole de la Commission scolaire de Montréal, Alain Perron. « La décision revient à chaque école. C'est aussi simple et compliqué que ça! » dit la présidente de l'Association québécoise des professeurs de français, Suzanne Richard. Seule règle: les enseignants du secondaire doivent faire lire au moins cinq oeuvres par année à leurs élèves. « Cette règle existe depuis 1995. Ces livres doivent représenter trois genres différents (science-fiction, conte...) et être écrits par au moins trois auteurs différents. Et la moitié des ouvrages lus dans un cycle doivent être québécois », explique Mme Richard. Les livres doivent aussi être offerts en format de poche et coûter moins de 10$. Mais dans les faits, aucun contrôle n'est exercé. « Plusieurs enseignants ne font pas lire cinq oeuvres. Mais personne ne peut rien contre ça », dit Olivier Dezutter, vice-doyen à la recherche à l'Université de Sherbrooke. M. Dezutter a mené des études sur la littérature dans les écoles du Québec. Il constate que les choix de lectures offerts par les enseignants sont très variables. « Deux élèves d'écoles différentes ont de très fortes chances de n'avoir lu aucune oeuvre commune à leur sortie du secondaire », note-t-il. « On peut tout aussi bien faire lire Kafka ou Twilight, ou encore des chansons à répondre, confirme Martin Bibeau, enseignant de troisième secondaire à l'école Joseph-François-Perreault, à Montréal. Il y a du meilleur comme du pire en littérature, au secondaire. » Selon M. Dezutter, ce sont les contraintes budgétaires qui guident principalement le choix des enseignants: « Si un collègue a acheté il y a trois ans une série de livres, il faut les user jusqu'au bout. Il y a eu des investissements récents dans les bibliothèques scolaires, mais l'effort doit être continu. » Autre problème: les enseignants des différents degrés ne se consultent pas quand vient le temps de choisir les oeuvres. « Il n'y a pas de politique de progression, dit Manon Hébert, qui enseigne la didactique de la littérature aux étudiants de l'Université de Montréal. Un jeune peut lire trois fois L'avare de Molière au secondaire. » Mme Richard fait le même constat: « Des jeunes peuvent lire Les trois mousquetaires en première secondaire et lire des romans de La Courte Échelle en deuxième. » Pénurie culturelle Pour M. Dezutter, le fait qu'il n'y ait pas de programme de lecture commun au Québec pose problème: « Historiquement, le rôle de l'école, c'est de construire une culture commune, dit-il. Et ça passe en partie par des lectures partagées. Il n'y a pas qu'en histoire et dans les cours d'éthique et de culture religieuse qu'on se bâtit une identité commune! » « La littérature, ça fait partie de la culture d'un peuple. On doit se demander: nos enfants ont-ils la culture qu'on voudrait qu'ils aient? Sinon, il faut y remédier », dit aussi Mme Richard. Si plusieurs enseignants déplorent le fait qu'il n'y ait pas de culture littéraire commune au Québec, ils ne sont pas chauds à l'idée que le ministère de l'Éducation (MELS) impose des oeuvres. « Avec le cafouillage de la réforme, je ne crois pas que ce serait mieux si le Ministère imposait des titres! » dit Benoît Paquin, qui enseigne le français en quatrième secondaire à l'école Jacques-Rousseau, à Longueuil. Les profs de français sont fous de lecture par définition. Il est souhaitable que ce soit eux qui choisissent. » Martin Bibeau, lui, aimerait que certains auteurs, certains courants littéraires de même que des éléments d'histoire de la littérature française deviennent obligatoires au secondaire. « On ne peut pas imposer de titres parce qu'il faut transmettre le plaisir de lire. Je pense qu'il faut lire Émile Zola avant la fin du secondaire, mais je préfère qu'on ne m'impose pas de titre », explique M. Bibeau. Françoise Dubuc, qui enseigne au collège privé Villa-Maria, croit qu'il pourrait être intéressant que le gouvernement choisisse des auteurs, des courants littéraires et des époques obligatoires en fonction des différents degrés du secondaire. « Mais pas des oeuvres. Ce serait trop restrictif et il serait impossible de déterminer ce qui est incontournable », croit-elle. La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, juge qu'il serait impensable d'imposer une liste de lecture dans les écoles. « Trouver un consensus serait extrêmement difficile, dit l'attachée de presse de la ministre, Tamara Davis. Les choix favoriseraient aussi certaines maisons d'édition. Les romans sont actuellement choisis par les enseignants et c'est parfait ainsi. Ça respecte leur autonomie professionnelle. »
Difficile pour les enseignants de choisir des livres
Quand vient le temps de choisir les ouvrages à faire lire à leurs élèves, plusieurs enseignants hésitent. Pour conserver l'intérêt des jeunes, certains favorisent les livres populaires. Mais d'autres préconisent la lecture de classiques. « Certains font lire Harry Potter à l'école parce que c'est populaire. Moi, je dis non! Il faut amener les jeunes à lire autre chose. C'est possible de soulever la motivation des enfants même en leur faisant lire des ouvrages difficiles », plaide Max Roy, spécialiste de didactique de la littérature et président de la Fédération des professeurs d'université. Martin Bibeau enseigne le français depuis 12 ans à l'école secondaire Joseph-François-Perreault. Il ne fait lire aucun roman jeunesse à ses élèves. Néanmoins, il assure qu'ils aiment lire. « La vie devant soi et Un ange cornu avec des ailes de tôle remportent un vif succès. Annabelle, de Marie Laberge, est aussi très populaire », dit-il. Chaque enseignant a sa propre façon d'aborder la littérature. M. Bibeau, lui, lit carrément à voix haute avec sa classe. « Je me suis rendu compte que les jeunes qui n'aiment pas lire ne savent pas lire! Ils ne mettent pas d'intonation. Ils n'ont pas de rythme. Je leur apprends. » Selon M. Bibeau, plusieurs enfants ne se sont jamais fait lire d'histoire. « Je rattrape le temps perdu. Les élèves adorent ça! » Benoît Paquin, qui enseigne le français en quatrième secondaire à l'école Jacques-Rousseau depuis sept ans, trouve difficile de faire lire les jeunes: « C'est encore plus dur de trouver un livre qui plaît à 140 personnes, dit-il. On veut que les jeunes en viennent à aimer lire. On ne touche pas beaucoup aux grands classiques pour ne pas perdre nos petits lecteurs. » Enseignant en deuxième secondaire à l'école Monseigneur-Richard, à Verdun, Maxime Trudeau estime que, dans les milieux défavorisés, il serait irréaliste d'imposer des oeuvres trop complexes. « Ici, on choisit des ouvrages qui peuvent intéresser les élèves. Ce qui les accroche, c'est la littérature jeunesse, dit M. Trudeau. On ne veut pas les lasser, donc on ne les submerge pas de lectures ardues. » M. Trudeau reconnaît que, cette année, il sera incapable de faire lire cinq livres à ses élèves. « Mais je me rachète en leur faisant lire beaucoup d'extraits. » Professeure au département de didactique des langues de l'UQAM, Marie-Christine Beaudry ne croit pas qu'il faille se baser uniquement sur l'intérêt des jeunes. « Si j'avais fait ça, je n'aurais jamais fait lire L'étranger de Camus. Et pourtant, ce livre remportait un vif succès auprès de mes étudiantes. » Suzanne Richard, présidente de l'Association québécoise des professeurs de français (AQPF), soutient que l'école est là pour présenter des livres. « Tant mieux si les jeunes ne les connaissent pas! Sinon, on passe à côté d'une belle occasion de former nos jeunes », dit-elle. Olivier Dezutter est d'accord: « On doit trouver un équilibre entre ce que les jeunes veulent lire spontanément et le rôle de l'école, qui est de les ouvrir à autre chose. L'école doit être consciente de ce vers quoi elle veut les amener. Si l'école ne le fait pas, personne ne le fera. »
Les enseignants mal préparés
Président de la Fédération québécoise des professeurs d'université, Max Roy était jusqu'à tout récemment directeur des programmes de formation des maîtres à l'UQAM. Selon lui, «c'est une grosse responsabilité que de laisser les enseignants choisir les oeuvres à faire lire aux enfants». « Trop peu de cours portent sur la littérature dans leur formation, dit-il. Ça, c'est à déplorer. » « On a quelques cours durant notre formation, mais franchement, ils sont plutôt ordinaires », dit Françoise Dubuc, qui enseigne le français en cinquième secondaire au collège Villa-Maria. La présidente de l'Association québécoise des professeurs de français, Suzanne Richard, croit que les universités doivent offrir de meilleures formations en didactique de la littérature: « Les professeurs se contentent souvent de faire lire les livres, puis de demander des résumés. Ce n'est pas assez. » Professeure de didactique de la littérature à l'Université de Montréal, Manon Hébert est aussi de cet avis: « Si on ne fait que demander un résumé ou faire passer un test, les jeunes ne retiennent rien. On finit même par les dégoûter de la lecture. Il faut avoir d'autres stratégies. Mais pour ça, il faut être bien formé. » ..... Les choix des profs et les suggestions du Ministère Exemples d'oeuvres choisies par des enseignants du premier cycle du secondaire: > Dix petits nègres, d'Agatha Christie > Harry Potter à l'école des sorciers, de J.K. Rowling > Anne... La maison aux pignons verts, de Lucy Maud Montgomery > Bilbo le hobbit, de J.R.R. Tolkien > Tintin, Les sept boules de cristal, d'Hergé > Amos Daragon, Porteur de masques, de Bryan Perro > La route de Chlifa, de Michèle Marineau Exemples d'ouvrages suggérés par le Ministère pour les élèves de cinquième secondaire: > L'étranger, d'Albert Camus > Une saison dans la vie d'Emmanuel, de Marie-Claire Blais > Les trois mousquetaires, d'Alexandre Dumas > Shining, l'enfant lumière, de Stephen King > Bonheur d'occasion, de Gabrielle Roy Sources: www.livresouverts.qc.ca et Guide du passeur culturel
Ariane Lacoursière
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Source :
Cyber Presse
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