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Rima Elkouri et Nathalie Collard donnent leur opinion sur l'enseignement de la littérature.
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Suite au reportage d'Ariane Lacoursière sur l'enseignement de la littérature au Québec, deux journalistes du journal La Presse ont réagi et ont donné leur opinion sur le sujet.
Oui à l'effort
L'école doit-elle former des lecteurs ou faire découvrir la littérature aux élèves?
Vaste
question soulevée dans notre numéro de samedi dernier. Les articles de
nos collègues Rima Elkouri et Ariane Lacoursière montraient bien qu'il
existe deux écoles de pensée à ce sujet. D'une part, il y a ceux
qui souhaitent que les jeunes lisent à tout prix: pour y arriver, ils
sont prêts à abaisser les exigences pour séduire le plus petit
dénominateur commun. Ils ont toujours de bonnes raisons: «Les élèves
proviennent de milieux défavorisés, ils ont peur de l'effort, si c'est
trop difficile, ils ne le liront pas...» Ces enseignants choisissent
donc des oeuvres mineures, des titres dont on ne parlera probablement
plus dans cinq ans. Pourquoi baisser les bras ainsi? On ne fait pas
visionner Les Simpson pour enseigner l'histoire contemporaine des
États-Unis. Dans ce cas, pourquoi choisir des «romans d'aéroport» pour
former l'esprit critique des adolescents?
Heureusement, il y a encore plein d'enseignants allumés et motivés qui
ont envie de faire découvrir la littérature à leurs élèves. Ils lisent
à voix haute, expliquent, soulignent, mettent en contexte. Vrai, ils
proposent parfois un premier livre plus accessible (voir la lettre que
nous publions aujourd'hui), mais c'est un «piège» qui mènera les
étudiants beaucoup plus loin. Ces enseignants-là ont compris que leur
rôle était celui d'un guide, d'un «allumeur de réverbères», pour
reprendre une citation bien connue tirée d'un livre qui n'est plus au
programme...
Bien entendu, si on donnait le choix aux élèves, qu'ils proviennent
d'une école publique en milieu défavorisé ou d'un collège privé très
huppé, ils choisiraient majoritairement la facilité. Entre Camus et
Archie, entre les romans à l'eau de rose et ceux de Gabrielle Roy, pas
besoin d'être devin pour savoir quels titres seraient les plus
populaires.
C'est là que le rôle de l'école prend tout son sens: éveiller,
stimuler, proposer, enseigner, accompagner les élèves sur un chemin
semé d'embûches.
Or avec les années, il semble que certains professeurs de français
aient abandonné l'idée de faire aimer la littérature aux jeunes et se
contentent désormais de «former» des lecteurs fonctionnels qui seront
capables de lire la garantie de leur futur ordinateur, la circulaire de
l'épicerie et l'horaire d'autobus. C'est triste.
L'école doit dépasser l'aspect pratico-pratique de la lecture et
s'acquitter d'une tâche beaucoup plus noble: celle d'élever les
esprits, de mettre les jeunes en contact avec un vocabulaire, des
textes et des idées qui les confrontent. Pour cela, toutefois, il faut
mettre au programme des livres à la hauteur.
Et qu'on ne vienne surtout pas dire qu'il est élitiste de réclamer de
l'école qu'elle pousse les jeunes à se dépasser. Plus les enseignants
se mettront au niveau des soi-disant capacités des élèves, plus la
qualité de notre système d'éducation en souffrira.
nathalie.collard@lapresse.ca
Publié le 30 janvier 2010
Non à la malbouffe culturelle à l'école!
 «Vous ne lisez pas les livres.
Ce sont les livres qui vous lisent», répétait souvent un de mes profs,
à l'université, qui nous faisait lire Montaigne. Je me demande s'il
faisait aussi référence aux livres de Paulo Coelho quand il disait cela. Je
parle de Coelho parce que L'Alchimiste figure sur la liste des oeuvres
les plus souvent choisies par les enseignants du deuxième cycle du
secondaire, selon une étude de l'Université de Sherbrooke (voir les
textes de ma collègue Ariane Lacoursière). Paulo Coelho au
programme scolaire? Suis-je la seule à sursauter? Suis-je la seule à
penser que le mandat de l'école n'est pas de faire lire aux élèves des
best-sellers nouvel-âgeux?
Les pro-Coelho me diront que l'essentiel, c'est d'arriver à accrocher
l'élève. Si on arrive à le faire lire, que ce soit avec Paulo Coelho,
Marc Levy ou Twilight, c'est déjà une victoire en soi. Mais est-ce
vraiment le cas?
Tous les enseignants ne conçoivent pas la lecture de la même façon,
observe-t-on dans une étude de chercheurs de l'Université de Sherbrooke
(1). Pour certains, il s'agit avant tout de stimuler le goût pour la
lecture, d'où «le choix d'oeuvres considérées comme faciles d'accès et
proches des univers des adolescents». Pour d'autres, il est important
«de mettre les élèves en contact avec des oeuvres vers lesquelles ils
n'iraient pas spontanément et qui leur permettront de développer des
compétences fines en lecture».
À mon sens, la deuxième vision est celle qui sied le mieux au rôle de
l'école. Loin de moi l'idée d'imposer une vision poussiéreuse et
élitiste de l'enseignement de la Littérature avec un grand L. Loin de
moi l'idée d'imposer les grands classiques de la littérature du terroir
aux élèves de 13 ans - ma lecture obligatoire du Survenant est loin de
m'avoir laissé un souvenir impérissable. Mais l'école, faut-il le
rappeler, a quand même une mission éducative. Elle a le devoir de
proposer à l'élève autre chose que de la «malbouffe imprimée», pour
reprendre l'expression de Lise Bissonnette.
Je fais référence à Lise Bissonnette parce que c'est elle, à mon avis,
qui a le mieux cerné l'enjeu. «La peur d'imposer - une crainte réelle -
n'a pas le droit de nous empêcher de proposer», a dit l'ex-directrice
du Devoir au cours d'une remarquable allocution prononcée au dernier
Salon du livre. Elle qui recevait un prix pour sa contribution au
progrès de l'édition québécoise en a profité pour faire un vibrant
plaidoyer pour l'enseignement de la littérature.
Ne confondons pas littérature et «malbouffe imprimée», disait l'ex-PDG
de la Grande Bibliothèque. Et donnons à la littérature la place qui lui
revient à l'école. «Depuis quelques années déjà, à un moment crucial du
parcours intellectuel des adolescents, on leur présente la littérature
comme un sous-sous-produit de l'apprentissage de la «compétence» en
français tout en évitant soigneusement, pendant des centaines de pages
de prescriptions verbeuses, de proposer la connaissance d'un seul
auteur ou d'une seule bribe de l'histoire littéraire nationale ou
universelle», observait Lise Bissonnette. La littérature, parent pauvre
de l'enseignement, dites-vous? Et comment...
Peut-on vraiment mettre sur le même pied Michel Tremblay et un roman
Harlequin? Réjean Ducharme et Paulo Coelho? L'école n'a-t-elle pas le
devoir de proposer ce que la culture populaire n'impose pas d'emblée?
On me traitera d'élitiste. Mais, à mon sens, il s'agit plutôt de
prendre à coeur le devoir de démocratisation culturelle de l'école.
L'idée, c'est d'assurer à tous le libre accès à une culture commune. À
l'opposé, l'élitisme consiste à tenir pour acquis que la majorité des
élèves ne peuvent tout simplement pas s'intéresser à Anne Hébert ou à
Michel Tremblay. Bien sûr que si on ne leur propose que des frites, ils
n'iront pas goûter aux asperges.
«Il n'y a rien de tel que d'allécher l'appétit et l'affection des
enfants, autrement on ne fait que des ânes chargés de livres», disait
Montaigne. Sans en arriver à imposer une seule et même liste sacrée de
livres obligatoires, peut-on à tout le moins s'efforcer d'allécher
l'appétit littéraire des élèves en leur proposant autre chose que de la
malbouffe?
(1) Bergeron, M.-D., Larivière, I. et Dezutter, O. (2007). «Difficultés
rencontrées par les enseignants du secondaire dans le choix et
l'exploitation d'oeuvres complètes» in A.-M. Boucher et A. Pilote
(dir.), La culture en classe de français (p. 34-38). Publications
Québec français.
Rima Elkouri, journaliste à Le Presse
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