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Nouvelles : Rima Elkouri et Nathalie Collard donnent leur opinion sur l'enseignement de la littérature.

Nouvelles

Rima Elkouri et Nathalie Collard donnent leur opinion sur l'enseignement de la littérature.

Québec, mardi 2 février 2010 - Suite au reportage d'Ariane Lacoursière sur l'enseignement de la littérature au Québec, deux journalistes du journal La Presse ont réagi et ont donné leur opinion sur le sujet.


Oui à l'effort

L'école doit-elle former des lecteurs ou faire découvrir la littérature aux élèves?

Vaste question soulevée dans notre numéro de samedi dernier. Les articles de nos collègues Rima Elkouri et Ariane Lacoursière montraient bien qu'il existe deux écoles de pensée à ce sujet.

D'une part, il y a ceux qui souhaitent que les jeunes lisent à tout prix: pour y arriver, ils sont prêts à abaisser les exigences pour séduire le plus petit dénominateur commun. Ils ont toujours de bonnes raisons: «Les élèves proviennent de milieux défavorisés, ils ont peur de l'effort, si c'est trop difficile, ils ne le liront pas...» Ces enseignants choisissent donc des oeuvres mineures, des titres dont on ne parlera probablement plus dans cinq ans. Pourquoi baisser les bras ainsi? On ne fait pas visionner Les Simpson pour enseigner l'histoire contemporaine des États-Unis. Dans ce cas, pourquoi choisir des «romans d'aéroport» pour former l'esprit critique des adolescents?

 

Heureusement, il y a encore plein d'enseignants allumés et motivés qui ont envie de faire découvrir la littérature à leurs élèves. Ils lisent à voix haute, expliquent, soulignent, mettent en contexte. Vrai, ils proposent parfois un premier livre plus accessible (voir la lettre que nous publions aujourd'hui), mais c'est un «piège» qui mènera les étudiants beaucoup plus loin. Ces enseignants-là ont compris que leur rôle était celui d'un guide, d'un «allumeur de réverbères», pour reprendre une citation bien connue tirée d'un livre qui n'est plus au programme...

Bien entendu, si on donnait le choix aux élèves, qu'ils proviennent d'une école publique en milieu défavorisé ou d'un collège privé très huppé, ils choisiraient majoritairement la facilité. Entre Camus et Archie, entre les romans à l'eau de rose et ceux de Gabrielle Roy, pas besoin d'être devin pour savoir quels titres seraient les plus populaires.

C'est là que le rôle de l'école prend tout son sens: éveiller, stimuler, proposer, enseigner, accompagner les élèves sur un chemin semé d'embûches.

Or avec les années, il semble que certains professeurs de français aient abandonné l'idée de faire aimer la littérature aux jeunes et se contentent désormais de «former» des lecteurs fonctionnels qui seront capables de lire la garantie de leur futur ordinateur, la circulaire de l'épicerie et l'horaire d'autobus. C'est triste.

L'école doit dépasser l'aspect pratico-pratique de la lecture et s'acquitter d'une tâche beaucoup plus noble: celle d'élever les esprits, de mettre les jeunes en contact avec un vocabulaire, des textes et des idées qui les confrontent. Pour cela, toutefois, il faut mettre au programme des livres à la hauteur.

Et qu'on ne vienne surtout pas dire qu'il est élitiste de réclamer de l'école qu'elle pousse les jeunes à se dépasser. Plus les enseignants se mettront au niveau des soi-disant capacités des élèves, plus la qualité de notre système d'éducation en souffrira.

nathalie.collard@lapresse.ca



Publié le 30 janvier 2010


Non à la malbouffe culturelle à l'école!


«Vous ne lisez pas les livres. Ce sont les livres qui vous lisent», répétait souvent un de mes profs, à l'université, qui nous faisait lire Montaigne. Je me demande s'il faisait aussi référence aux livres de Paulo Coelho quand il disait cela.

Je parle de Coelho parce que L'Alchimiste figure sur la liste des oeuvres les plus souvent choisies par les enseignants du deuxième cycle du secondaire, selon une étude de l'Université de Sherbrooke (voir les textes de ma collègue Ariane Lacoursière).

Paulo Coelho au programme scolaire? Suis-je la seule à sursauter? Suis-je la seule à penser que le mandat de l'école n'est pas de faire lire aux élèves des best-sellers nouvel-âgeux?

Les pro-Coelho me diront que l'essentiel, c'est d'arriver à accrocher l'élève. Si on arrive à le faire lire, que ce soit avec Paulo Coelho, Marc Levy ou Twilight, c'est déjà une victoire en soi. Mais est-ce vraiment le cas?

Tous les enseignants ne conçoivent pas la lecture de la même façon, observe-t-on dans une étude de chercheurs de l'Université de Sherbrooke (1). Pour certains, il s'agit avant tout de stimuler le goût pour la lecture, d'où «le choix d'oeuvres considérées comme faciles d'accès et proches des univers des adolescents». Pour d'autres, il est important «de mettre les élèves en contact avec des oeuvres vers lesquelles ils n'iraient pas spontanément et qui leur permettront de développer des compétences fines en lecture».

À mon sens, la deuxième vision est celle qui sied le mieux au rôle de l'école. Loin de moi l'idée d'imposer une vision poussiéreuse et élitiste de l'enseignement de la Littérature avec un grand L. Loin de moi l'idée d'imposer les grands classiques de la littérature du terroir aux élèves de 13 ans - ma lecture obligatoire du Survenant est loin de m'avoir laissé un souvenir impérissable. Mais l'école, faut-il le rappeler, a quand même une mission éducative. Elle a le devoir de proposer à l'élève autre chose que de la «malbouffe imprimée», pour reprendre l'expression de Lise Bissonnette.

Je fais référence à Lise Bissonnette parce que c'est elle, à mon avis, qui a le mieux cerné l'enjeu. «La peur d'imposer - une crainte réelle - n'a pas le droit de nous empêcher de proposer», a dit l'ex-directrice du Devoir au cours d'une remarquable allocution prononcée au dernier Salon du livre. Elle qui recevait un prix pour sa contribution au progrès de l'édition québécoise en a profité pour faire un vibrant plaidoyer pour l'enseignement de la littérature.

Ne confondons pas littérature et «malbouffe imprimée», disait l'ex-PDG de la Grande Bibliothèque. Et donnons à la littérature la place qui lui revient à l'école. «Depuis quelques années déjà, à un moment crucial du parcours intellectuel des adolescents, on leur présente la littérature comme un sous-sous-produit de l'apprentissage de la «compétence» en français tout en évitant soigneusement, pendant des centaines de pages de prescriptions verbeuses, de proposer la connaissance d'un seul auteur ou d'une seule bribe de l'histoire littéraire nationale ou universelle», observait Lise Bissonnette. La littérature, parent pauvre de l'enseignement, dites-vous? Et comment...

Peut-on vraiment mettre sur le même pied Michel Tremblay et un roman Harlequin? Réjean Ducharme et Paulo Coelho? L'école n'a-t-elle pas le devoir de proposer ce que la culture populaire n'impose pas d'emblée?

On me traitera d'élitiste. Mais, à mon sens, il s'agit plutôt de prendre à coeur le devoir de démocratisation culturelle de l'école. L'idée, c'est d'assurer à tous le libre accès à une culture commune. À l'opposé, l'élitisme consiste à tenir pour acquis que la majorité des élèves ne peuvent tout simplement pas s'intéresser à Anne Hébert ou à Michel Tremblay. Bien sûr que si on ne leur propose que des frites, ils n'iront pas goûter aux asperges.

«Il n'y a rien de tel que d'allécher l'appétit et l'affection des enfants, autrement on ne fait que des ânes chargés de livres», disait Montaigne. Sans en arriver à imposer une seule et même liste sacrée de livres obligatoires, peut-on à tout le moins s'efforcer d'allécher l'appétit littéraire des élèves en leur proposant autre chose que de la malbouffe?

 

 

(1) Bergeron, M.-D., Larivière, I. et Dezutter, O. (2007). «Difficultés rencontrées par les enseignants du secondaire dans le choix et l'exploitation d'oeuvres complètes» in A.-M. Boucher et A. Pilote (dir.), La culture en classe de français (p. 34-38). Publications Québec français.


Rima Elkouri, journaliste à Le Presse




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