Pourquoi articuler la grammaire aux activités de lecture et d’écriture?*

Marie-Andrée Lord
Didacticienne du français et professeure à l’Université Laval

Le développement des compétences langagières orales et surtout écrites constitue la principale finalité accordée à l’enseignement de la grammaire à l’école. Toutefois, le cloisonnement de l’enseignement de la grammaire qui se perpétue depuis des années dans les pratiques ne garantirait pas ou très peu que les connaissances apprises dans la leçon de grammaire, par exemple, permettent de développer des compétences en lecture, en écriture et en communication orale. En effet, la discipline français a longtemps été caractérisée par le cloisonnement de ses composantes : en classe, on fait de la lecture, de l’écriture, de la grammaire ou de la communication orale. Pourtant, depuis plusieurs années, plusieurs didacticiens préconisent le décloisonnement des composantes de la classe de français de manière à mieux articuler l’étude de la grammaire aux pratiques discursives (Peytard et Genouvrier, 1970; Garcia Debanc, 1993; Simard, 1999; Chartrand et Boivin, 2005; Bilodeau, 2009, Boivin, 2016). L’articulation permettrait de rendre les apprentissages plus significatifs pour les élèves qui verraient mieux l’utilité de l’apprentissage de la grammaire pour développer des compétences en lecture et en écriture. Pour permettre cette articulation, les activités menées en lecture et en écriture doivent permettre d’approfondir la connaissance du système de la langue et inversement, le travail sur la langue doit permettre de développer les compétences en lecture et en écriture (Garcia-Debanc, 1993; Chartrand et Boivin, 2005). Même s’il s’agit d’une orientation didactique et institutionnelle, l’articulation des composantes de la classe de français est très peu présente dans la réalité, comme en témoigne l’analyse de captations vidéos réalisée dans le cadre de la recherche ÉLEF, dirigée par Suzanne-G. Chartrand de 2008 à 2012 (Lord, 2012).

Bien que l’articulation constitue une approche pertinente pour faire développer les compétences langagières des élèves, il existe peu de matériel didactique disponible pour que les enseignants puissent la mettre en œuvre dans leur classe, et peu de recherches ont étudié les conditions de cette mise en œuvre en classe. Aussi, pour remédier à cette situation, avons-nous décidé de mener une recherche en collaboration avec des enseignants pour élaborer avec eux des séquences d'enseignement basées sur l’approche théorique de l’articulation. Depuis 2014, nous avons travaillé avec des enseignants de français du secondaire des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches, et nous avons élaboré quatre séquences. Nous tenons d’ailleurs à remercier chaleureusement les enseignantes avec lesquelles nous avons travaillé. Sans elles, la production de séquences réalistes et adaptées aux besoins des élèves n’aurait pu être possible. Nous remercions également Florent Biao, doctorant à l’Université Laval, qui a collaboré à cette recherche.

Dans ce numéro, nous présentons une séquence didactique portant sur la fable testée à trois reprises dans des classes de français. Celle-ci contient plusieurs activités de lecture, d’écriture, de communication orale qui permettent de développer les compétences attendues pour ce genre de discours narratif qu’est la fable en deuxième secondaire. Plusieurs activités de cette séquence constituent des exemples d’articulation de la grammaire aux activités de lecture et d’écriture. Nous avons clairement indiqué ces activités dans le guide de l’enseignant, lequel contient plusieurs indications pour mener à bien la séquence. Bien entendu, toutes les activités ne peuvent être « articulées » et certaines peuvent être adaptées selon les difficultés rencontrées avec les élèves. Nous vous invitons à mettre en œuvre cette séquence dans vos classes et à nous faire part de vos commentaires à cette adresse : marie-andree.lord@fse.ulaval.ca.

Dans le prochain numéro, nous présenterons une autre séquence élaborée dans le cadre de ce projet. Celle-ci porte sur la poésie et s’adresse à des élèves de 3e ou de 4e secondaire. Vous pensez que la poésie ne capte pas l’intérêt des élèves ? Détrompez-vous !

Cliquez sur le bouton pour accéder à la séquence didactique portant sur la fable déposée sur le Portail pour l’enseignement du français. Sur ce site, vous trouverez un cahier de l’élève et un guide de l’enseignant.

 

Séquence didactique

 

Références bibliographiques

Bilodeau, S. (2009). Décloisonner les différentes sous-disciplines du français : conception et  pratiques. Québec Français, 153, 79-81.

Boivin, M.-C. et Pinsonneault, R. (2016). Un modèle théorique pour l’articulation de la grammaire et de l’écriture. Dans M. Depeursinge, S. Florey, N. Cordonnier, S. Aeby-Daghé, J.-F De Pietro (dir.). Actes du colloque « L’enseignement du français à l’ère du numérique » (12e colloque de l’Association internationale pour la recherche en didactique du français), 29, 30 et 31 aout 2013. Lausanne : Haute école pédagogique du canton de Vaud, p.108-120.

Boivin, M.-C. & Chartrand, S.-G. (2005). Articulation des activités métalinguistiques aux activités discursives dans la classe de français au secondaire inférieur. Dans É. Falardeau (dir.), Le français : discipline singulière, plurielle ou transversale? Actes du 9e Colloque international de l’AIRDF [Cédérom]. Québec : AIRDF/PUL

Garcia-Debanc, C. (1993). Enseignement de la langue et production d’écrits. Pratiques, 77, 2-23.

Lord, M.-A. (2012). L'enseignement grammatical au secondaire québécois : pratiques et représentations d'enseignants de français. Thèse pour l’obtention du Ph. D en didactique. Faculté des études supérieures et postdoctorales, Université Laval. [En ligne] http://www.theses.ulaval.ca/

Peytard, J. & Genouvrier, É. (1970). Linguistique et enseignement du français. Paris : Librairie Larousse.

Simard, C. (1999). Pour une approche transversale de la grammaire dans l’enseignement de la langue. Québec français, hors série, 6-9

 

*Reproduction numérique des Cahiers de l'AQPF, volume 8, numéro 1, p.4-5.