Retour sur les causeries de l'AQPF

L'équipe des Cahiers de l'AQPF
Les Cahiers de l'AQPF - Vol 11, no 1

 

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Le mois de mai durant, l’AQPF a tenu, chaque mardi, une causerie thématique portant sur la place du français, de la formation initiale en enseignement jusqu’à sa place dans les salles de classe. Ces causeries ont représenté un moment privilégié pour les membres de l’Association afin de réfléchir avec des théoriciens et des praticiens autour d’enjeux actuels, particulièrement dans la foulée d’un enseignement étant de plus en plus amené à se renouveler. Les résumés des échanges et des constats émanant de ces causeries vous sont présentés dans les pages qui suivent.

 

Première causerie : L’enseignement à distance, avec Anick Sirard, conseillère pédagogique.
Causerie animée par Martin Sévigny, enseignant de français.

En contexte d’enseignement à distance, une multitude de ressources s’offrent aux enseignant.e.s, ce qui peut leur causer autant d’enthousiasme que de stress ! À trop vouloir chercher l’outil technologique révolutionnaire, il ne faudrait pas perdre de vue le point de départ : la responsabilité des professionnel.le.s de l’enseignement est d’accompagner les élèves dans leurs apprentissages. À travers les méandres informatiques, il faut d’abord que les enseignant.e.s se questionnent au regard de leurs besoins réels et de ceux de leurs élèves. Les enseignant.e.s doivent d'abord se questionner au regard de leurs besoins réels et de ceux de leurs élèves, ainsi que de la façon de s'y prendre pour favoriser la réussite de chacun. Ainsi, il s’avère nécessaire, d’une part, de déterminer les savoirs essentiels aux élèves dans l’immédiat et pour les années à venir. D’autre part, les enseignant.e.s doivent aussi distinguer ce qui nécessite un enseignement direct aux élèves (groupes de besoins, accompagnement individualisé, cercles de lecture…) de ce qui peut être vu de façon asynchrone (informations ou consignes répétées à tous les groupes). Ce n’est qu’après avoir déterminé tout cela que peut démarrer la plongée vers les options technologiques disponibles. En plus de l’appropriation des ressources numériques, les enseignant.e. ont aussi à apprendre à jongler avec les réalités de l’enseignement à distance : la nétiquette des rencontres virtuelles, les distractions provenant de l’arrière-plan, la nécessaire gestion de l’équipement informatique ainsi que les inévitables problèmes de connexion ne rendent la tâche facile à personne. Il faut accepter d’être constamment en mode de résolution de problèmes et garder en tête qu’il n’est pas nécessaire de trouver la solution tout seul ! Collaborer avec des collègues, mais aussi avec les élèves peut être inspirant et moins chronophage. Enfin, que nous soyons devant la classe entre quatre murs ou derrière un écran, ce qui prime, et ne l’oublions pas, c’est de donner aux élèves le gout d’apprendre.

 

Deuxième causerie : La réforme des participes passés, avec Annie Desnoyers, cofondatrice du Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français, et Mario Désilet, chargé de cours à l’Université de Montréal.
Causerie animée par Karol-Anne T. Auger, enseignante de français.

En 2014, le Conseil international de la langue française (CILF) proposait une réforme de l’accord du participe passé. À l’automne 2019, avant de prendre position officiellement, l’AQPF a proposé aux membres de la formation et de l’information pour prendre leur pouls et ainsi mieux les représenter, tout d’abord en leur offrant un atelier portant sur ce sujet lors du congrès annuel, puis en les conviant à une causerie au cours de laquelle serait présentée la proposition de réforme de la règle mal aimée. Le CILF propose que la réforme ne porte que sur les participes employés avec être ou avec avoir, la règle demeurant inchangée dans les cas où le participe passé serait employé comme adjectif. Ainsi, f Le participe comme forme verbale employée avec être (incluant les pronominaux et les formes passives) s’accorderait toujours avec le sujet. f Le participe comme forme verbale employée avec avoir resterait toujours invariable. À l’aide d’un tableau montrant les statistiques de répartition des participes selon le type d’accord, les spécialistes ont démontré que la réforme proposée ne touchait qu’une infime partie (moins de 8 %), de tous les cas d’accord de participes passés. Par conséquent, il est illogique, selon eux, que les enseignant.e.s enseignent aussi longuement une règle qui a si peu d’incidence sur la qualité des écrits des apprenants, temps qui pourrait être mieux investi dans d’autres apprentissages à réaliser en classe de français. Pour le moment, l’Office québécois de la langue française réfléchit à la proposition. Quant aux enseignant.e.s, si plusieurs sont favorables à l’idée de ne plus prendre de leur temps pour enseigner les cas d’exceptions, certain.e.s ne sont pas encore convaincu.e.s que l’abolition pure et simple de ces exceptions soit nécessaire.

 

Troisième causerie : L’évaluation, avec Sarah Lavoie, enseignante de français, Nancy Allen, responsable de la section Montréal-et-Ouest-du-Québec, et Josée Beaudoin, conseillère pédagogique.
Causerie animée par Ariane Goulet, enseignante de français.

En 2018, le Conseil supérieur de l’éducation (CSÉ) publiait Évaluer pour que ça compte vraiment, un rapport qui fait état du double rôle de l’évaluation : soutenir les apprentissages et porter un jugement sur l’atteinte des compétences des élèves. En cette année particulière, qui a vu les traditionnels examens de fin d’année annulés, il serait certes plus facile de s’en tenir à ce qui peut être plus aisément évalué, même à distance, et de ne tenir compte que des connaissances sans observer les compétences des élèves. Or, plutôt que de mesurer ce qui est facilement observable, il est nécessaire, plus que jamais, de faire de l’évaluation un levier pour l’apprentissage et d’amorcer une réflexion en profondeur sur celleci et sur ses impacts. Ainsi, que ce soit à travers un projet, une discussion ou par le biais des observations menées en classe virtuelle, tout ce que l’élève produit peut soutenir ses apprentissages et renforcer le jugement professionnel et évaluatif de l’enseignant.e, pourvu que l’élève soit amené à s’améliorer en recevant des rétroactions USB, (utiles, spécifiques et bienveillantes). Dans le contexte actuel, pourquoi ne pas aussi réfléchir à l’enseignement et à l’évaluation intégrée des compétences en français ? Discuter de ses processus d’écriture entre pairs, par exemple, pourrait-il compter à la fois en productions écrite et orale ? En plus de rendre l’évaluation moins chronophage, cela répondrait aux prescriptions ministérielles et diminuerait le sentiment d’une évaluation décontextualisée en oral pour les élèves. Gageons que cela aurait aussi une incidence sur leur motivation scolaire quant aux tâches, mais aussi quant aux évaluations. Quand nous arriverons à faire de l’erreur non pas une fatalité, mais un premier pas vers l’apprentissage, nous pourrons par le fait même accorder davantage d’importance au développement des compétences plutôt qu’aux notes.

 

Quatrième causerie : Le TECFÉE, avec Samia Cherfaoui, étudiante à la maitrise, Abdessamad Bourdi, étudiant en enseignement, et Johnni Samson, chargé de cours à l’UQTR.
Causerie animée par Katya Pelletier, chargée de cours à l’UQTR.

La certification de la maitrise de la langue chez les étudiant.e.s des programmes en enseignement est un réel enjeu pour les universités. Depuis 2008, le Test de certification en français écrit pour l’enseignement (TECFÉE) évalue « la compétence langagière attendue d’une personne qui poursuit une formation universitaire en enseignement » (CÉFRANC, 2015, p. 1). Or, chaque année, il s’avère que le taux d’échec à cet examen est élevé. Devant ce constat, une pétition élaborée par des étudiant.e.s en enseignement de l’Université de Sherbrooke a été lancée récemment pour demander la modification de cet examen, notamment la section portant sur le vocabulaire, car, selon les étudiant.e.s, cette section n’est pas représentative de la réalité du futur enseignant. À la suite de ce mouvement, l’association des étudiants en éducation de l’Université de Sherbrooke a mandaté Samia Cherfaoui afin d’évaluer l’impact de la réussite du TECFÉE sur les compétences linguistiques des futur.e.s enseignant.e.s. Certes, l’accompagnement des étudiant.e.s universitaires dans le développement de leurs compétences linguistiques est un défi de taille qui mérite d’être documenté par la recherche. De même, il pourrait être intéressant de se questionner sur le dispositif qui permet d’évaluer judicieusement les compétences linguistiques des étudiant.e.s en enseignement de façon à être en cohérence avec les orientations ministérielles relatives à l’évaluation. Si l’évaluation doit, d’une part, servir à certifier les acquis, il faut, d’autre part, s’assurer qu’elle soutient l’apprentissage des étudiant.e.s (CSÉ, 2018). Notons que les demandes de modification du TECFÉE visent autant celui qui serait administré à tout.e.s les étudiant.e.s en enseignement qu’aux aux futur.e.s enseignant.e.s de français, mais avec un niveau de base pour les premiers et un examen plus difficile pour les seconds.

RÉFÉRENCES
CÉFRANC. (2015). Guide de préparation. La rédaction. Repéré à http://www.cspi.qc.ca/cefranc/pdf/guide_ la_redaction.pdf
Conseil supérieur de l’éducation. (2018). Évaluer pour que ça compte vraiment. Rapport sur l’état et les besoins de l’éducation 2016-2018. Québec : Le Conseil, 95 p.

 

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